Soumis par le mer, 2012-01-25 09:56
Vous qui nous lisez régulièrement, vous savez que pour SpeedHunters, le mois de septembre est le mois Porsche. Pour Rod, Antonio et votre serviteur, il marque la fin d’un long périple en Europe, ponctué par l’étape incontournable du mois de juillet : les 24 Heures de Spa-Francorchamps.

Et quelle plus belle façon d’entamer un mois Porsche qu’en rendant hommage à ce temple de la vitesse où les belles de Stuttgart se sont si souvent distinguées : le circuit « historique » de Spa-Francorchamps.

Certes, le circuit de Spa est connu pour accueillir un Grand Prix chaque année, mais dans l’esprit des amateurs, il est surtout synonyme de difficulté, de rapidité, et surtout d’humilité. Personne n’a oublié l’intervention controversé des commissaires de course dans les derniers tours de l’édition 2008, au plus fort d’une lutte au couteau entre Lewis Hamilton et Kimi Räikkönen. La moyenne du vainqueur du jour, Felipe Massa (222,715 km/h) peut paraître élevée, mais elle n’a rien à voir avec celles obtenues de l’ancien tracé.

Imaginé en 1924 par Jules de Their et Henri Langlois Van Ophem, le parcours original de 15 kilomètres reprenait des portions de route publique entre les villes des Ardennes belges de Francorchamps, Malmedy et Stavelot. Un tracé qui se distinguait déjà par sa rapidité.

Rien que le départ, en descente vers le complexe de virages Eau Rouge/Raidillon, suscite l’admiration, voire l’effroi, d’Antonio. Ceux qui auront surmonté ce premier obstacle découvriront ensuite la ligne droite de Kemmel, et déboucheront sur Les Combes. Mais là où le circuit actuel de F1 bifurque à droite, l’ancien tracé file tout droit. C’est donc pied au plancher que les pilotes fonçaient vers Burnenville et Malmedy.

Après Malmedy, il fallait négocier la longue ligne droite de Masta avant d’aborder le S de Masta, puis la ligne droite Holowell (du nom d’un pilote qui y trouva la mort) avant d’aborder Stavelot, un virage à droite légèrement relevé qui précède une portion rapide en forêt vers Blanchimont, où l’ancien tracé rejoint le nouveau. Il était capital de bien négocier le S de Masta, un gauche-droite très rapide, pour réussir un bon tour. De la vitesse en sortie de ce virage, dépendait la capacité à négocier rapidement les virages suivants.

Attardons-nous sur l’édition 1970 des 1000 Kilomètres de Spa, remportée par deux voitures de l’écurie John Wyer Automotive aux couleurs de Gulf. Ce jour-là, seules les Porsche 917 d’usine et la Ferrari 512S de Jacky Ickx et John Surtees ont été en mesure de rivaliser. Pedro Rodriguez s’est imposée sur 917 avec 4 secondes d’avance sur Jo Siffert dans la 2e voiture Wyer/Gulf, elle-même suivie par la Ferrari, à une demi-seconde.

C’est pourtant « le pied sur le frein » que le pilote mexicain a signé son chrono, voire en faisant preuve d’une certaine prudence suite au dégonflement constaté de plusieurs pneus sur les 917 de l’écurie JWA pendant les essais libres. Ceux qui connaissent le Mexicain ne seront pas surpris qu’il ait amélioré de 3 secondes en course son chrono des essais. Les 917 recevaient des moteurs de 4,9 litres pour la première fois et de nouvelles modifications aérodynamiques au niveau de la baie du moteur, un nouveau type d’aileron développé par l’écurie et testé au MIRA, susceptible de donner beaucoup d’appui en réduisant au maximum la résistance à l’air.

Pendant la course proprement dite, il y avait clairement Rodriguez, Siffert et Ickx et les autres. Ces trois-là se battaient à coups de records du tour, et le leader changeait souvent de nom. C’est finalement la 917 de Rodriguez qui s’est imposée, malgré des problèmes de transmission pendant le relais de son coéquipier de Leo Kinnunen. L’autre Porsche, celle de l’équipage Siffert/Redman, obtenait une belle deuxième place, grâce aux exploits de ce dernier, qui laissa la troisième place à Surtees sur sa Ferrari 512.

1971 vit les Porsche 917 de John Wyer s’imposer de nouveau, mais cette fois c’est Pedro qui monta sur la plus haute marche du podium, avec son partenaire Jackie Oliver. Comme en 1970, Siffert fut encore éclipsé par son coéquipier, le jeune Derek Bell, auteur de la pole position en 3’16 pile. Cette édition vit plusieurs records tomber, notamment celui de la vitesse moyenne du vainqueur, avec 249,024 km/h, soit la meilleure moyenne en course, tous circuits confondus. Quant au record du tour, Pedro Rodriguez signait un fabuleux 3’13’’60.

D’après Racing in the Rain (littéralement Piloter sous la pluie), le remarquable ouvrage de John Horseman, les 917 ont pu rouler sur le rapport le plus élevé sur environ 87 % de chaque tour, avec une pointe à 350 km/h en arrivant sur le S de Masta. Ainsi, les 1000 Kilomètres ont été bouclés en quatre heures… plus une minute ! Un chiffre proprement hallucinant.

Trois ans plus tard, au volant de sa Matra MS670, Henri Pescarolo améliorait le record du tour de Rodriguez de 2 dixièmes de secondes, avec ce jour-là une vitesse moyenne au tour de 262,405 km/h. Un record qui tient toujours !
Si ces chiffres ont de quoi impressionner, il convient de garder à l’esprit qu’à l’époque, un pilote trouvait la mort quasiment chaque semaine. Il fallait donc prendre des mesures de nature à arrêter l’hécatombe et à introduire quelques mesures de sécurité dans le sport automobile. La croisade a été menée par le grand Jackie Stewart, triple Champion du Monde de F1. Il était bien placé pour savoir à quel point le circuit de Spa pouvait être dangereux. Lors du Grand Prix de Belgique de 1966, sa BRM heurta un mur d’eau au niveau du S de Masta, décolla du circuit, et termina sa course étendu par terre dans une ferme, avec la combinaison mouillée d’essence et qui commençait à lui brûler la peau. Puis Spa a cessé d’accueillir des Formule 1 en 1970 pour devenir un haut lieu des courses d’endurance. La dangerosité de ce circuit était telle qu’un pilote a dit un jour que, même à cette époque, piloter était bien plus risqué que de faire l’amour à un(e) partenaire inconnu(e).
Un nouveau circuit plus court a été inauguré en 1979. Contrairement à de nombreux circuits historiques « améliorés » pour répondre aux exigences de la F1, le nouveau tracé avait su garder l’esprit du précédent. De quoi inciter les pilotes et les fans à renouveler le bail de la passion et de la fidélité.

Jusqu’en 2000, la portion refaite faisait toujours partie de l’autoroute publique. Elle est aujourd’hui fermée. Bien qu’on puisse encore conduire sur le gros du segment entre Combes et Stavelot, il devient difficile de mesurer le courage qu’il fallait pour défier ce Temple de la Vitesse. Rod et moi-même l’avons parcouru à bord d’une Porsche, mais en respectant les limites légales, pas en repoussant celles du raisonnable. Ce qui, sur la voie publique, est bien normal.
Si vous passez par Spa, poussez donc jusqu’au circuit et empruntez le circuit historique pour saluer tous ceux qui, un jour, ont couru ici. Ils méritent notre respect.
John Brooks
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